sábado, 19 de abril de 2014


Sources d'inspiration de Molière
 
 
 
Molière

Molière travaille jour et nuit à écrire de quoi divertir son public. Son théâtre, c'est la comédie, et la comédie offre le spectacle de la vie ordinaire. Son registre, c'est le comique, l'ironie, la parodie.

Ses sources d'inspiration, Molière les prend dans la vie de tous les jours et dans le monde qui l'entoure.

Le XVIIe siècle est envahi par les bonnes manières, les mariages arrangés et la hiérarchie sociale. Molière s'inspire du comportement des gens et surtout des bourgeois qui veulent imiter les nobles. Il montre leur vrai caractère. Il profite de ses écrits pour se moquer de la société et des charlatans qui abusent les pauvres gens. Il veut libérer la jeunesse des contraintes absurdes. Molière veut faire rire son public tout en provoquant des réactions, de l'émotion et pour cela, il s'inspire de l'âme humaine.

 

viernes, 18 de abril de 2014


Une existence vouée au théâtre

 Molière auteur

 
À la différence de Corneille et de Racine, Molière écrit ses pièces en praticien du théâtre. Il conçoit ses histoires et ses répliques pour lui-même et pour des acteurs qu’il connaît et qu’il va diriger. Tout en étant un véritable écrivain, maître des subtilités du langage et créateur de formules, il pense – plus qu’un poète travaillant dans la solitude de son bureau – à la façon dont les répliques seront dites par les comédiens et au jeu qui accompagnera la diction du texte.
De fait, Molière n’a écrit que du théâtre, à l’exception des préfaces qui précèdent l’édition de certaines de ses pièces, de son Remerciement au roi (1663) et de son hommage au peintre Mignard, la Gloire du Val-de-Grâce (1667). C’est un acteur-auteur comme l’était Shakespeare avant lui.
Il est l’auteur, selon la nomenclature en usage, de 2 farces, 22 comédies, 7 comédies-ballet, 1 tragédie-ballet, 1 « comédie pastorale héroïque » et 1 « comédie héroïque ». Dom Garcie de Navarre, en 1661, l’une de ses très rares tentatives dans le genre sérieux fut un échec.
Il a écrit tantôt en vers, tantôt en prose. Les acteurs d’alors préféraient les vers, plus faciles à retenir. Mais écrire en alexandrins demande un travail de plus longue haleine. Quand il était pressé, Molière écrivait en prose, comme pour ses farces, pour Dom Juan ou l’Avare.
Qu’il soit rimé ou en prose, son style a naturellement évolué d’année en année, et sa conception de la comédie également. Sans perdre le goût des pitreries venu de la contemplation des bateleurs qu’il voyait dans son enfance, Molière a peu à peu intégré des préoccupations personnelles, des plaidoyers pour la liberté de ceux qui s’aiment et des questions philosophiques, tout en revendiquant le souci de la vérité, « Il faut peindre d’après nature ». En même temps, sa satire se focalisait sur le milieu mondain et intellectuel, les ambitieux, les médecins et les faux prêcheurs de vertu.
Molière est-il alors devenu, au fil des années, un auteur plus tragique que comique ? C’était le point de vue d’Alfred de Musset qui, dans son poème Une soirée perdue (1850), admire chez lui « une mâle gaîté, si triste et si profonde que, lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer ». Mais cet avis porte la marque des années du romantisme, où l’on aime à privilégier une vision noire de l’Histoire et de la vie. Jusque dans sa dernière pièce, le Malade imaginaire, Molière défia l’esprit de sérieux par la bouffonnerie et la satire, fidèle à la mission qu’il définissait ainsi dans la Critique de l’École des femmes : « C’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens ».
 

 Molière acteur

 
Comme acteur, il était un interprète exceptionnel. Il a joué les grands rôles qu’il avait conçus pour lui : Harpagon (l’Avare), Alceste (le Misanthrope), Dom Juan… Il a été un incomparable acteur de comédies mais il a aussi joué des tragédies.
De nombreux témoignages et travaux d’historiens rendent compte de son talent de bête de scène. Lorsqu’il joue Mascarille dans les Précieuses ridicules, il « entre en piste, clown au masque rubicond sous la monstrueuse perruque couronnée du minuscule chapeau décrit par Mademoiselle Des Jardins, engoncé dans ses flots de rubans et sa tuyauterie de canons, glapissant dans sa chaise, secoué par ses porteurs, littéralement versé sur la scène, il roule, se redresse, se trémousse, fait le brouhaha sur la scène et dans la salle » (Molière, une vie, Alfred Simon, 1987).

jueves, 17 de abril de 2014


Les procédés comiques chez Molière


En grand auteur, Molière varie les procédés comiques, qui lui permettent d’obtenir le rire le plus simple comme le rire le plus subtil. 
 

 Le comique de geste

Le comique de geste est essentiel dans la farce mais aussi dans les différentes formes de comédie. Par les mimiques, l’accoutrement, les déplacements, les mouvements de la tête et des bras qui caractérisent un personnage ou expriment une intention non exprimée par la parole, l’acteur amplifie la drôlerie de l’action.
Formé dès la jeunesse par les farces qu’il voyait sur la place publique et sensible au talent expressif des acteurs italiens, Molière était lui-même un comédien qui utilisait tous les ressorts de la gestuelle comique. Les gestes sont primordiaux dans des pièces comme la première farce de l’auteur, la Jalousie du barbouillé, où il y a des gags et des chutes comme, bien plus tard, en usera le cinéma burlesque, de même que dans les Fourberies de Scapin, où le valet frappe le vieux Géronte qu’il a fait entrer dans un sac ou dans le Médecin malgré lui, où Sganarelle, pris pour un médecin, multiplie les interventions incorrectes et déplacées. 
 

Le comique de situation

Comme Molière affectionne la rapidité des actions, il a beaucoup employé ce type de comique.
Il repose sur des rencontres entre les personnages et sur des événements qui introduisent une nouveauté, une surprise ou un choc suscitant le rire. Il dépend généralement plus de l’imprévu et du mouvement que du texte. Parfois, Molière abuse des retournements de situation comme à la fin de l’Avare, où des personnages se retrouvent et se reconnaissent des années après un naufrage et un enlèvement, mais ce n’est pas là véritablement un procédé comique, plutôt une facilité pour terminer rapidement une pièce qu’il faut monter dans l’urgence.
Le comique de situation est particulièrement efficace, par exemple, dans les Précieuses ridicules lorsque Mascarille et son ami Jodelet se font passer pour de « beaux esprits » et trompent les prétentieuses provinciales, avant de se faire rosser par leurs maîtres. Il prend aussi souvent la forme du quiproquo, quand un personnage est pris pour un autre, comme dans Amphitryon, où Jupiter est confondu avec le général Amphitryon et le dieu Mercure avec le valet Sosie. Il est aussi mis en place dans Tartuffe quand l’épouse d’Orgon, Elmire, déclare à l’imposteur qu’elle est prête à se donner à lui, alors que son mari est caché sous la table. 
 

 Le comique de mots

Le comique de mots est essentiel chez Molière. Il commence dès la création du nom des personnages : l’usage était alors d’employer des noms à consonance grecque, latine ou italienne, et Molière respecte cette coutume mais introduit parfois aussi des noms qui évoquent le type de personnage qu'il crée : Tartuffe, Harpagon, Trissotin, Pourceaugnac par exemple.
Il se développe dans les répliques où l’auteur recourt à certaines tournures verbales comme les jeux de mots, « Bélise : Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire ? Martine : Qui parle d’offenser grand-père ni grand-mère ? », dans les Femmes savantes, ou bien « Ce Monsieur Loyal porte un air bien déloyal » dans le Misanthrope.
Source de comique, le latin de fantaisie qu’il prête aux médecins dans le Médecin malgré lui et dans le Malade imaginaire. De même que l’opposition du langage populaire et du langage savant (dans la scène des paysans dans Dom Juan), ou bien dans les dialogues entre précieux et gens simples dans les Précieuses ridicules et les Femmes savantes), ainsi que la répétition martelée d’une même réplique (« Qu’allait-il faire dans cette galère ? » dans les Fourberies de Scapin)...
Dans son utilisation de la langue, Molière a une double pratique. D’un côté, la simplicité des mots met en relief la sagesse populaire : « Et je vous verrais nu du haut jusques en bas / Que toute votre peau ne me tenterait pas » dit Dorine dans Tartuffe, ou, au contraire, souligne le caractère fruste ou imbécile d’un personnage : « Je vis de bonne soupe et non de beau langage  », dit Chrysale dans les Femmes savantes. D’un autre côté, des phrases très construites, mettent en place la rhétorique des idées et des raisonnements.
Molière vise la clarté de l’expression et l’efficacité du comique pour construire un théâtre du vrai et du naturel, mis au service d’une morale. Dans l’un des textes envoyés au roi pour obtenir la levée de l’interdiction de Tartuffe, il écrivait :  « Le devoir de la comédie étant de corriger les hommes en les divertissant, j’ai cru, que, dans l’emploi où je me trouve, je n’avais rien de mieux à faire que d'attaquer par des peintures ridicules les vices de mon siècle », le mot « ridicule » devant être compris dans le sens « qui suscite le rire ».
Chez Molière, le sens de la comédie, même quand il passe par les gags ou la violence de la satire, est toujours empreint de cette noblesse d’âme.

martes, 15 de abril de 2014

formes de théâtre chez Molière


Les formes de théâtre chez Molière

 La farce et la comédie

La farce est une forme qui exagère et simplifie la nature des personnages et l’action, pour provoquer un rire immédiat. Molière connaissait à la fois les farces des bateleurs qu’il voyait sur le Pont-Neuf, à Paris, dans son enfance, celles des comédiens italiens jouant à Paris et celles qu’avaient laissées les auteurs de l’Antiquité, en particulier les farces de l’auteur latin Plaute.
C’est ainsi qu’il commença par des farces : l’Étourdi, le Dépit amoureux. Comme le genre de la farce exige une action courte et rapide, il est passé ensuite au genre de la comédie, plus étoffé, où l’action et la psychologie font l’objet de développements longs et subtils.
Mais Molière a utilisé des gags et des situations de farces à l’intérieur de ses pièces plus ambitieuses, comme l’Avare, pièce truffée d’exagérations comiques. Pour le plaisir de revenir au rire populaire, il est souvent retourné à la belle simplification de la farce, comme lorsqu’il écrivit le Médecin malgré lui et les Fourberies de Scapin, alors même qu’il était pour beaucoup l’auteur comique mais grave du Misanthrope.
On peut distinguer plusieurs types de comédie dans le répertoire moliéresque, parfois mis en œuvre dans une même pièce ; le Misanthrope, par exemple, est à la fois une comédie de mœurs et une comédie de caractère, l’Avare également.

La comédie satirique

L’une des caractéristiques du comique, c’est de se moquer des contemporains, des gens parmi lesquels on vit. Un peu à la manière d’un journaliste pamphlétaire, Molière a raillé un certain nombre de corps sociaux, religieux et mondains.
Le corps social que Molière a le plus violemment attaqué est celui des médecins : leur mise en cause comique a lieu dans de nombreuses pièces, du le Médecin malgré lui au Malade imaginaire, la dernière pièce de Molière. Même à l’intéreur de Dom Juan, il s’en prend aux disciples d’Esculape.
Il critique aussi toute une frange du milieu religieux, les « faux dévots », qu’il dénonce violemment à travers le personnage du roué Tartuffe ; cette audace lui coûtera cher, la pièce sera interdite par trois fois.
Enfin, Molière est un satiriste du milieu mondain, qu'il ridiculise dans les Précieuses ridicules et les Femmes savantes et lorsqu’il prend pour cible les aristocrates impudents, notamment dans George Dandin.

 La comédie mythologique

Lorsqu’il s’inspire d’un sujet traité par un auteur de l’Antiquité, comme c’est le cas pour l'Avare tiré d’une comédie de Plaute, Molière transpose l’action dans son temps.
Mais, exceptionnellement, il garde le contexte antique quand il écrit Amphitryon. C’est donc une comédie mythologique, de la même façon que les tragédies de Racine et de Corneille sont des tragédies antiques. Cette œuvre n’a pas d’équivalent parmi les autres pièces de Molière. Elle fait référence à un épisode des légendes grecques et ne s’adresse pas à un public large, mais à un public cultivé.

 La comédie-ballet

La comédie-ballet, dont la forme annonce l’opéra par ses parties chantées et dansées, a pour principe d’alterner des scènes chorégraphiées et des scènes dialoguées. Elle s’est développée quand les divertissements royaux se sont multipliés à Versailles et dans d’autres châteaux. Le roi Louis XIV et la Cour étaient très friands de ces spectacles qui reposaient sur une idée de théâtre total – utilisant tous les langages du spectacle – et déployaient un grand faste dans l’utilisation des décors et des machineries.
Molière a souvent répondu aux commandes qui lui étaient faites par le roi. Les Fâcheux, les Plaisirs de l’île enchantée, la Princesse d’Élide, les Amants magnifiques sont des comédies-ballets dont les textes ne nous importent plus beaucoup aujourd’hui, à l'inverse de Monsieur de Pourceaugnac, le Bourgeois gentilhomme et Malade imaginaire.
Ces trois dernières pièces sont parfois représentées sans leurs intermèdes musicaux mais elles ont été conçues sous cette forme qui mêle l’action théâtrale et les tableaux faits de chants et de danses. Pour toutes ces œuvres, Molière collaborait avec un musicien, tel que Lully ou Marc-Antoine Charpentier.
Le genre de la comédie-ballet mettait généralement en scène les épisodes et les héros de la mythologie et des pastorales. Molière a su à la fois utiliser des thèmes antiques et imposer des sujets contemporains...

La comédie du théâtre

Délaissant la fiction, Molière s’est amusé par deux fois à répondre à ses détracteurs sous la forme d’une comédie sur le théâtre. La première fois, ce fut avec la Critique de l'École des femmes, où il représente des spectateurs hostiles à sa pièce l’École des femmes qui discutent avec des spectateurs favorables.
La seconde fois, ce fut avec l'Impromptu de Versailles, où il se met lui-même en scène en train de diriger ses propres acteurs. Il donne à voir ainsi le théâtre et son public, mais, derrière la réaction à un événement d’actualité et la volonté de répondre aux polémiques, s’affirme aussi un discours théorique et esthétique, exprimant les points de vue de l’auteur sur l’art dramatique.

La comédie de mœurs

La comédie de mœurs vise à dépeindre la façon dont les hommes vivent en société. Molière est l’un des grands maîtres de la comédie de mœurs, avec des angles d’attaque différents, puisqu’il passe du registre satirique au tableau proprement social.
Dans les Précieuses ridicules, c’est à la satire d’un phénomène de mode que l’auteur s’attache avant tout. Dans l'École des femmes, Tartuffe, Le Misanthrope, George Dandin, les Femmes savantes le comique a toujours un caractère de moquerie relatif aux travers de l’époque mais il s’élargit à l’examen du milieu social.

Ce sont surtout la famille et la question du mariage qu’embrasse le regard de Molière : il montre comment les enfants subissent la loi des parents (essentiellement du père), comment les relations avec l’argent, les rapports entre les époux et le désir de s’inscrire dans un courant à la mode ou dans un mouvement religieux modifient la vie du groupe, quels sont les place et rôle des domestiques dans la vie de la maison et comment l’union conjugale est parfois traitée autant comme une affaire financière que comme une question d’harmonie amoureuse.
Molière représente aussi le décalage entre les classes sociales : la tentative de passer dans la classe supérieure, de la bourgeoisie à l’aristocratie se traduit le plus souvent par un comportement ridicule et voué à l’échec.
Chez Molière, la notion de mœurs est liée à la notion de morale : en raillant les défauts de ses contemporains, il en appelle à la raison et à un comportement qui mettrait fin aux folies et aux lubies. Dans cette perspective, les personnages dont le comportement est condamnable sont souvent ridiculisés ou punis dans l’une des dernières scènes de la pièce.

La comédie de caracteres

Au-delà de la représentation du contexte social et de l’époque dans laquelle il s’inscrit, il y a l’individu et sa psychologie. La comédie de caractère cherche à mettre en évidence un type humain qui a une valeur universelle, et même éternelle, puisque les mêmes natures d'homme et de femme traversent les siècles.
C’est une des grandes idées du xviie siècle français que de reprendre cette peinture du caractère, telle qu’elle avait été ébauchée dans l’Antiquité (chez les auteurs grecs puis dans la comédie latine) et d’en faire l’un des grands thèmes de la littérature et du théâtre.
Les Caractères de Jean de La Bruyère, ouvrage postérieur au théâtre de Molière, accomplit parfaitement cette composition d'une galerie de portraits où des types humains (l’égoïste, l’amoureux, le cupide…) sont saisis à travers leurs traits essentiels.

Molière, avant lui, a dépeint un certain nombre de personnages représentatifs des diverses façons d’être et de penser : Tartuffe est l’exemple même de l’ambitieux pratiquant le double langage pour arriver à ses fins. Alceste, le misanthrope, est l’homme qui n’aime pas les autres hommes et exècre la société. M. Jourdain, le « bourgeois gentilhomme », est, ce qu’on appellerait aujourd’hui, un nouveau riche, qui croit, naïvement, qu’on peut changer de statut social avec le pouvoir de son argent. Harpagon, le personnage central de l'Avare, est le parangon de ces êtres qui sacrifient tout au plaisir de posséder et qu’on appelait aussi, au xviie s., des « avaricieux ». Argan, le « malade imaginaire », incarne à la perfection une configuration psychologique, celle de l’homme chez qui la hantise de la maladie et de la mort fait disparaître la perception de la réalité.
Ce sont essentiellement des types masculins que Molière a composé, à côté de quelques types féminins : la femme séductrice et coquette, à travers le personnage de Célimène dans le Misanthrope, les servantes généreuses et batailleuses telles que Dorine dans Tartuffe et Toinette dans le Malade imaginaire...

 La comédie philosophique

Molière n’a pas écrit, à proprement parler, du théâtre philosophique. Mais cette dimension existe dans certaines de ses pièces. Adversaire d’une forme de fanatisme religieux, tel qu’il se montre avec prudence dans Tartuffe (où il dénonce les « faux dévots » et non les dévots), il s’interroge parfois sur la mort et sur la condition humaine.
De ce point de vue, Dom Juan est sa seule véritable comédie philosophique. Dom Juan y incarne le dédain d’une pensée religieuse et consolatrice, Sganarelle la défense d’une attitude religieuse représentée comme une forme de superstition. On peut voir là – mais une autre interprétation est possible, la pièce s’achevant sur la mort du séducteur – une préférence affirmée pour les thèses des « libertins » qui ne croyaient pas à l’existence de Dieu.

Le genre sérieux

Molière est essentiellement un écrivain comique, un auteur de comédies. Mais il a écrit quelques pièces relevant du genre sérieux. Il a composé une « comédie héroïque », Don Garcie de Navarre ou le Prince jaloux, qui fut un échec. Et également une « comédie pastorale héroïque », Mélicerte, et une « tragédie ballet », Psyché. Il s’est le plus souvent montré peu à l’aise et moins convaincant dans ce registre « héroïque » où s’illustrait brillamment son ami Corneille.

lunes, 14 de abril de 2014


Tartuffe l’une des pièces plus jouées de Molière


   Le Tartuffe aussi appelé Tartuffe ou L'Imposteur de Molière,
est une comédie datant de 1664.

Personnages


Mme Pernelle : Mère d'Orgon
Orgon : Mari d'Elmire
Elmire : Femme d'Orgon
Damis : Fils d'Orgon
Mariane : Fille d'Orgon, amante de Valère
Valère : Amant de Mariane
Cléante : Beau frère d'Orgon
Tartuffe : Faux dévot (accueilli par le crédule Orgon)
Dorine : Suivante de Mariane
M. Loyal : Sergent
Un exempt
Flipote : Servante de Mme Pernelle




Résume de la pièce
 

Acte I

 Madame Pernelle, rangée du côté de son fils Orgon, s'emporte contre son entourage mal disposé envers Tartuffe, personnage pieux et respectable selon elle, un faux dévot selon les autres. Elle reproche à sa bru, Elmire, d'être trop excentrique et dépensière et au frère de celle-ci, Cléante, d'être trop moralisateur. Elle traite Damis, son petit-fils, de fou et elle s'indigne de l'impertinence de Dorine. Elle loue donc le ciel de leur avoir permis de recueillir chez eux Tartuffe, cet "homme de bien", car "c'est contre le péché que son cœur se courrouce, et l'intérêt du ciel est tout ce qui le pousse". Mme Pernelle et son fils Orgon sont convaincus de la quasi sainteté de Tartuffe, mais les autres pensent que Tartuffe est un imposteur et ils dénoncent sa fausse piété et son hypocrisie. Au retour d'un voyage, Orgon s'enquiert de Tartuffe. Tout le reste ne le préoccupe guère. Cléante essaie de lui faire comprendre qu'il s'est laissé sottement "séduire" par un hypocrite. Rien n'y fait.


Acte II

Orgon fait part à Marianne, sa fille, de son projet de la marier à Tartuffe. Incrédule, celle-ci ne trouve rien à dire. Dorine, quant à elle, intervient et confronte Orgon avec l'idée de cette alliance insensée. Ne pouvant la faire taire, Orgon se met en colère. Dorine réprimandera sa jeune maîtresse qui a manqué de fermeté face à son père. S'il est vrai qu'elle aime Valère, il faut qu'elle s'affirme et qu'elle tienne tête à son père. Profondément découragée, Marianne laisse entendre qu'elle préfère mourir que souscrire à un tel mariage. Dans la dernière scène de l'acte II,  Valère, dépité, confronte Marianne avec la rumeur du mariage de celle-ci avec Tartuffe. Marianne  trouve son approche un peu légère et elle se vexe. Pour punir Valère, elle prend, elle aussi, une attitude de légèreté. Il s'ensuit un dialogue teinté de reproches réciproques qui débouchera sur une impasse. C'est Dorine qui interviendra pour les réconcilier et leur faire comprendre l'absurdité  de leur querelle. Elle leur proposera de gagner du temps pour déjouer le projet d'Orgon et de  faire intervenir Elmire pour arriver à leurs fins.


Acte III

Damis se met en colère après avoir appris le projet d'alliance entre sa sœur Marianne et Tartuffe. Dorine, fine mouche, lui explique qu'il faut laisser agir Elmire qui, selon elle, peut exercer beaucoup d'influence dans le déroulement des événements. "Sur l'esprit de Tartuffe elle a quelque crédit ; il se rend complaisant à tout ce qu'elle dit, et pourrait bien avoir douceur de cœur pour elle". Damis se cache dans un placard et écoute la conversation entre Tartuffe et Elmire. Alors que celle-ci tente d'entretenir Tartuffe sur la question du mariage controversé, Tartuffe profite qu'ils sont seul à seul pour lui faire une cour très entreprenante et très compromettante. Profondément choqué, Damis surgit de sa cachette et s'engage à dénoncer la perfidie de Tartuffe auprès de son père. Orgon ne peut se résoudre à croire à la fausseté de Tartuffe et préfère croire à de la méchanceté de la part de son fils qu'il finit par renier : "je te prie, pendard, de ma succession, et te donne de plus ma malédiction". Orgon déclare son amour inconditionnel à Tartuffe et lui fait "de son bien donation entière".


Acte IV

Cléante confronte Tartuffe avec le fait que Damis ait été renvoyé de chez lui et que Tartuffe ait accepté un héritage qui ne lui revient pas de juste droit. Tartuffe ne veut pas que Damis revienne et considère qu'il fera bon usage des biens qu'il recevra car ils serviront "pour la gloire du Ciel et le bien du prochain". Marianne livre son désespoir à son père de se voir promise  à Tartuffe. Face à l'incrédulité et à l'aveuglement d'Orgon, Elmire propose à ce dernier de se  cacher afin qu'il assiste à une scène qu'elle va provoquer et qui n'aura d'autre but que de révéler les intentions malhonnêtes de Tartuffe. Orgon résiste à l'idée, puis il finit par accepter. Elmire dit à son mari, caché sous la table, d'intervenir quand bon lui semblera. La scène, qui durera trop longtemps pour la pauvre Elmire au supplice de subir les avances de Tartuffe, se révélera très probante pour Orgon. Dégoûté et révolté par la scène à laquelle il vient d'assister, il renvoie Tartuffe sur le champ. Celui-ci rappelle à Orgon que c'est lui, à présent, Tartuffe qui est le maître de la maison. A Elmire, incrédule, Orgon est obligé d'avouer que la donation est déjà "chose faite".


Acte V

L'imposture de Tartuffe est démasquée aux yeux de tous. Orgon, profondément marqué par les événements, jure qu'il ne fera plus jamais confiance aux gens de bien. A quoi, Cléante lui répond que cette mauvaise expérience ne doit pas corrompre son jugement et qu'il ne faut pas confondre "les cœurs de tous les gens de bien" et qu'il faut savoir démêler "la vertu d'avec les apparences". Madame Pernelle ne veut pas croire aux accusations qui pèsent sur Tartuffe jusqu'à l'apparition de Monsieur Loyal, chargé d'une ordonnance visant à faire évacuer les lieux par Orgon et sa famille. Surviennent ensuite Tartuffe et un exempt (officier de police). L'affaire étant parvenue aux oreilles du roi, celui-ci, dans sa grande sagesse et se souvenant des services loyaux rendus par Orgon pendant la Fronde, a décidé de renverser l'accusation et de faire emprisonner Tartuffe tout en restituant les biens à Orgon et à sa famille.

sábado, 12 de abril de 2014

     


L'ombre de Molière


La pièce aurait été interdite à la demande d'Armande, la veuve de Molière, et certainement avec l'approbation de ses camarades, car les comédiens, priés de leur théâtre quelques semaines près la mort de leur chef, pouvaient à juste titre s'inquiéter de voir une scène rivale s'approprier Molière et les personnages nés de son esprit. Mais dès 1674 L'Ombre de Molière paraissait chez le libraire Barbin, en édition séparée puis à la suite de l'édition des Oeuvres de Molière. Elle figurera dorénavant « comme une espèce de table pour (ses comédies) », dans toutes les éditions des Oeuvres complètes, jusqu'en 1734.

La pièce se passe dans les Champs-Élysées, séjour des morts. L'ombre de Molière vient d'arriver, et tandis qu'elle se divertit dans Vallée des poètes en compagnie de l'ombre de Térence, une foule d'ombres irritées se pressent à l'entrée du tribunal de Pluton. Précieuses, bourgeois, marquis, femmes savantes, avares, hypocrites, jaloux, cocus et médecins, tous prétendent avoir sujet de se plaindre de Molière et demandent justice. Confronté à ses accusateurs, Molière laisse dire la Précieuse au style grandiloquent, le marquis futile, le cocu qui gémit d'être exposé à la risée publique: il joue de la naïve vanité de Pourceaugnac de façon si habile que sa grosse ombre se réjouit de la célébrité donnée au nom de Pourceaugnac et présente les excuses de toutes les ombres de Limoges... Nicole fait une joyeuse entrée dans le royaume de Pluton. Elle a voulu venir voir celui qui l'a tant fait rire en l'autre monde. « C'est une bonne ombre », assure-t-elle. Mme Jourdain arrive tout essoufflée, chagrine et grognon. Excédé de tant de visites, Pluton veut lever la séance, mais la venue des médecins, auxquels il doit tant, lui rend son affa­bilité coutumière. Les médecins attaquent « ce téméraire qui prétend traiter la médecine d'imposture et de charlatanerie ». Il a corrompu jusqu'à l'es­prit des morts, qui les brocardent à leur passage... ! « Pluton, répond Molière jure ici que ce n'est point contre ce grand art de la médecine que je prétends me déchaîner. J'en adore l'étude. J'en révère la judicieuse pratique, mais j'en abhorre et déteste le pernicieux et méchant usage qu'en font, par pernicieux négligence, des fourbes, ignorants leur la seule robe fait appeler médecins Pluton trouve l'ombre de Molière plein de bon sens et se refuse à la condamner, bien que cette mesure de clémence doive lui faire perdre quel millions de sujets ! Molière aura aux Champs-Élysées une place de choix entre Plaute et Térence.

Cette petite pièce, écrite avec verve, était précédée d'un très intéressant prologue - un dialogue entre Cléonte et Oronte, le soi-disant auteur de l'Om­bre de Molière. Les sentiments de Brécourt pour Molière et l'estime qu'il avait pour son oeuvre y sont exprimés de façon émouvante. Cette pièce, dit Oronte, « n'est autre chose qu'un monument de mon amitié que je consacre à sa mémoire... [Molière] était dans son particulier ce qu'il paraissait dans la morale de ses pièces : honnête, judi­cieux, humain, franc, généreux.. ; mais la chaleur de notre ancienne amitié m'emporte...».
 


Car Brécourt connaissait bien Molière. II était entré dans sa troupe, au Théâtre du Palais-Royal, en juin 1662 et avait participé aux batailles de l'Ecole des femmes. Délicieusement comique dans le rôle d'Alain, il avait été Dorante dans la Critique de l'Ecole des femmes, et avait joué sous son propre nom dans l'Impromptu de Versailles. Molière avait créé une pièce de lui en janvier 1664, le Grand Benêt de fils aussi sot que son père. Peu après, en mars, Brécourt avait quitté la Troupe du Palais-Royal pour entrer à l'Hôtel de Bourgogne où une place était promise à sa femme, mais il n'avait pas rompu avec Molière. Lorsque le comédien retrouva ses anciens camarades du Palais-Royal à son entrée dans la troupe unique créée par le roi, l'Ombre de Molière fut admise au répertoire de la jeune Comédie-Française. Elle fut jouée vingt fois, de 1682 à 1698. A sa dernière représentation, le 9 juillet, si le rôle de l'ombre de Molière était joué par Dancourt, tout enfant à la mort du grand écrivain, la distribution comptait encore deux anciens comédiens de Molière : Beauval dans le rôle du médecin bredouilleur et Mlle Beauval, la tou­jours rieuse Nicole.

 
Sylvie Chevalley,
in Revue de la Comédie-Française, n°17
(mars 1973), p. 18-19.

viernes, 11 de abril de 2014

Molière joué à la cour



Les procès-verbaux des assemblées des Comédiens français dans la décennie 1741-1750 sont d'un regrettable laconisme. « Les Comédiens se sont réunis en leur hôtel pour délibérer de leurs affaires, et les présents ont signé... », telle est la formule généralement adoptée. Que sont ces affaires ? Quelles suites leur ont été données ? Rien ne nous l'apprend. Quelques documents provenant de l'administration des Menus Plaisirs sont heureusement un peu plus explicites, mais on souhaiterait connaître la nature des discussions dont la « deffence des Pièces de Molière " que nous reproduisons ici fut certainement l'aboutissement, et, à nouveau, le sujet.

Cet ordre, en date du 11 juillet 1746, émane du duc d'Aumont, pair de France, premier gentilhomme de la Chambre du roi. Depuis la fondation de la Comédie-Française en 1680, les Comédiens français étaient « sous l'autorité » des quatre premiers gentilshommes de la Chambre qui, à tour de rôle, régentaient la Comédie.
 
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« Ayant observé que depuis quelques années les représentations des comé­dies de Molière sont entièrement abandonnées par le public, et ne pouvant attribuer cet abandon qu'à l'inconvénient dans lequel les Comé­diens sont tombés de les jouer trop souvent et par là de lasser les spectateurs, voulant essayer de ranimer le goût du public pour des ouvrages qui font le principal fonds de la Comédie-Française, ordonnons aux Comédiens français de Sa Majesté qu'à compter du jour du présent ordre il ne sera plus représenté sur leur théâtre aucune des comédies de Molière en cinq actes jusqu'à ce qu'il en soit par Nous autrement ordonné. »

C'était la désaffection du public à l'égard de Molière et non l'abandon de son répertoire par les Comédiens, qui faisait l'objet des préoccupations du duc d'Aumont. Dès la fondation de la Comédie-Française, les pièces de Molière avaient tenu une place considérable dans le répertoire général. En 1703, une pièce sur deux est une pièce de Molière. Au cours des années qui précèdent l'ordre du duc d'Aumont, les Comédiens jouent Molière 88 fois en 1741, 102 en 1742, 107 en 1743, 77 en 1744, 121 en 1745. Est-ce par une dilection particulière pour des oeuvres clairement sans éga­les dans le répertoire contemporain ? Est-ce par paresse ? Par économie ? Tout comédien savait Molière par coeur et était prêt à le jouer sur l'heure, sans frais, alors que la création d'une pièce nouvelle demandait du travail, entraînait des dépenses de production et amputait la recette des droits versés aux auteurs.

Mais le public ne venait en foule qu'aux pièces nouvelles. Consultons les registres, au hasard. Le 23 septembre 1744, on joue l'Avare devant 85 spectateurs ; le 23 mai 1745, Tartuffe devant 84 ; le 13 août 1745, l'Ecole des femmes est représentée devant 16 personnes ; le 6 mai 1746, Amphitryon et la Comtesse d'Escarbagnas n'attirent que 50 spectateurs ! Le nombre total des spectateurs à la Comédie-Française, en avril 1746 est de 5 181 ; 360 seulement ont été attirés au théâtre par une des grandes pièces de Molière. En mai, on compte 6 187 spectateurs, dont 272 aux gran­des pièces de Molière. En juin, 8 749, dont 764 amis de Molière. Dans les dix jours de juillet qui précèdent l'ordre du duc d'Aumont, la Comédie reçoit 3 195 spectateurs dont 244 aux représentations de l'Ecole des femmes et de Tartuffe. Au cours de ces premiers mois de la saison 1746-1747, les grandes pièces de Molière ont donc attiré 1 640 spectateurs, alors que les pièces des autres auteurs en attiraient 21 672. Le potentiel d'attrac­tion des pièces de Molière, qui, pour la même période, en 1703, était de 1,019 à 1 (13948 spectateurs pour les grandes pièces de Molière, 13 686 pour l'ensemble des autres), tombé de façon spectaculaire, n'était plus que de 1 à 13,21...

La décision du duc d'Aumont était donc parfaitement justifiée. Eut-elle quelque effet ? L'Ecole des femmes reparut au répertoire deux mois plus tard, le 15 septembre, et attira 762 spectateurs ! Tartuffe fut repris le 4 novembre avec 190 spectateurs seu­lement mais 594 le 13 novembre ! Le Misanthrope le 6, avec 555 spectateurs. Mais ces chiffres encoura­geants fléchirent bientôt. Le grand public continuait à se presser aux pièces de La Chaussée, Gresset, Destouches, Voltaire, produites avec le soin accordé aux ouvrages nouveaux.

La solution n'était peut-être pas dans la raréfaction des représentations, mais dans leur qualité. En juin 1772, les Comédiens, reconnaissant que le répertoire de Molière était souvent joué de façon fort négligée, décidèrent que, dorénavant, tous les rôles seraient tenus par les acteurs en chef « II n'en sera point parmi eux - dit le procès-verbal de l'assemblée - qui ne se fassent un devoir flat­teur de remplir un rôle, quelque médiocre qu'il soit, dans des représen­tations choisies pour honorer le pre­mier de leurs auteurs... et le public, transporté de l'ouvrage, verra du moins qu'ils n'ont rien négligé pour en rendre la représentation digne de lui et de l'homme immortel qu'ils ont à transmettre à la postérité ».

 
Sylvie Chevalley,
in Revue de la Comédie-Française, n°23
(novembre 1973), p. 22.